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Changements éco-systémiques : quels enjeux pour
les entreprises ?

Encore peu mesuré jusqu’à une période récente, l’état des écosystèmes a un rôle fondamental pour les entreprises qui non seulement les impactent mais en dépendent plus ou moins fortement. Evaluer les services rendus par les écosystèmes peut permettre aux responsables d’entreprise de prendre des décisions appropriées et de contribuer à ralentir la dégradation de ces services.


Au début des années 2000, Kofi Annan, alors Secrétaire général des Nations unies a mis en place un programme de travail international en vue d’évaluer les conséquences des changements éco-systémiques sur le bien-être humain et d’établir la base scientifique permettant de mettre en œuvre les actions nécessaires pour améliorer la conservation et l’utilisation durable de ces systèmes et de leur contribution au bien-être humain. Intitulé « Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire » (« Millenium Ecosystem Assessment »), ce programme visait à favoriser la prise des décisions les plus pertinentes dans ces domaines.

Ce premier examen complet de la condition du capital naturel de la Terre a permis d’identifier vingt-quatre fonctions éco-systémiques, regroupées en quatre grandes catégories :

• Les services d’approvisionnement (biens ou produits tirés des écosystèmes) : alimentation (culture, élevage, pêche, etc.) ; fibres (bois d’œuvre, fibres de bois, autres fibres) ; biomasse combustible ; eau douce ; ressources génétiques ; biochimie, médicaments naturels & produits pharmaceutiques ;
• Les services de régulation (bénéfices tirés de la régulation, par l’écosystème, de processus naturels) : contrôle de la qualité de l’air ; régulation climatique ; régulation des eaux ; contrôle de l’érosion ; épuration des eaux et traitement des déchets ; contrôle des maladies ; contrôle des ravageurs ; pollinisation ; contrôle des risques naturels ;
• Les services culturels (bénéfices intangibles tirés des écosystèmes de type loisirs récréatifs, valeur spirituelle ou plaisirs esthétiques) : loisirs et écotourisme ; valeurs éthiques ; valeurs esthétiques)
• Les services de soutien (processus naturels pouvant servir de support aux autres services) : cycle des nutriments ; production primaire ; cycle de l’eau.

Parmi ces vingt-quatre services éco-systémiques, quinze se sont dégradés(1) durant les cinquante dernières années, cinq sont aujourd’hui considérés comme « moyens »(2) avec, toutefois, d’importants écarts selon les régions du monde et quatre - dont la culture et l’élevage - ont été « améliorés » grâce aux efforts engagés même si, parallèlement, ces efforts ont conduit à une dégradation de certains services de régulation et/ou services culturels dont la plupart ne présentent pas de valeur marchande.

Quel poids sur l’activité économique ?

Qu’il s’agisse de la forêt, des cours d’eau, des terres cultivées, de la mer, du littoral ou des espaces verts en milieu urbain, les écosystèmes apportent un nombre considérable de services à la société (cf. alimentation, eau, énergie, fibres, médicaments, contrôle de l’érosion et/ou des pollutions, régulation de l’air et du climat, séquestration du CO2, voies pour le transport, etc.). Leur dégradation peut donc présenter des risques pour les entreprises tant sur le plan opérationnel, réglementaire et financier qu’en termes d’image et de notoriété ou de marchés et produits(3). Par exemple, la hausse des coûts de l’eau douce du fait de sa pénurie, les catastrophes de type inondations ou encore la mise en place de nouvelles réglementations ou de sanctions peuvent avoir des impacts négatifs sur l’activité économique. De la même manière, des campagnes menées par des ONG sur de grandes enseignes de la distribution (ex. : huile de palme et déforestation en Indonésie) ou la décision, par certains clients, de changer de fournisseur pour s’assurer que les produits qu’ils achètent ont un impact moindre sur les écosystèmes peuvent aussi avoir des effets importants. Enfin, le fait que des banques conditionnent leurs prêts à des garanties d’amélioration réelles et non juste intentionnelles commence à avoir des impacts.

Evaluer les services rendus aux entreprises par les écosystèmes

Cependant les entreprises qui établissent le lien entre la santé des écosystèmes et leur rentabilité et réalisent vraiment l’ampleur de leur dépendance par rapport aux écosystèmes ou l’impact qu’elles ont sur ces derniers sont encore peu nombreuses. Certes beaucoup utilisent déjà des outils de management environnemental mais ces outils sont surtout axés sur les impacts environnementaux (pollution, consommation de ressources naturelles) et n’abordent pas - ou peu - la question cruciale de la dépendance. C’est pour cela qu’a été créée l’évaluation des services rendus par les écosystèmes aux entreprises (ESR) ou « corporate ecosystems services review ». S’appuyant sur une méthodologie structurée en cinq étapes(4), cette évaluation peut contribuer à créer de la valeur pour des entreprises de secteurs ayant une interaction directe avec les écosystèmes (ex. : agriculture, fabrication de boissons, traitement des eaux, exploitation forestière, pétrole, gaz, extraction minière, tourisme,…). Elle peut également être pertinente pour la grande distribution et la santé mais aussi pour les secteurs du conseil, des services financiers et d’autres industries tertiaires lorsque leurs fournisseurs ou clients interagissent directement avec les écosystèmes.

L’évaluation des services éco-systémiques permet aux entreprises de mieux gérer leurs risques et elle leur donne les moyens d’identifier des opportunités face à ces différents risques. Par exemple, selon les recommandations apportées, elle pourra déboucher sur une performance accrue, sur le choix de procédés industriels à faible impact, sur la fabrication de nouveaux produits plus en phase avec la législation en vigueur ou à venir. Elle pourra même parfois aider à obtenir un permis officiel d’extension des activités, voire influer sur la politique gouvernementale aux niveaux réglementaires et juridiques. Selon les décisions prises et les actions en découlant, l’ESR peut aussi déboucher sur une amélioration de l’image, une différenciation de la marque ou sur la fabrication de nouveaux produits et services et l’ouverture à des marchés pour produits homologués. Une entreprise pourra même développer de nouveaux flux de revenus issus d’écosystèmes détenus ou gérés par elle. Certains parlent même de bourse d’échanges de services éco-systémiques… Enfin sur le plan financier, l’ESR peut déboucher sur une hausse des crédits à l’investissement et/ou des fonds d’investissement socialement responsables.

En savoir plus :


• World Resources Institute: www.wri.org/ecosystems/esr
• Conseil mondial des entreprises pour le développement durable : www.wbcsd.org
• Meridian Institute : www.merid.org


1) Pêcheries sauvages, aliments sauvages, biomasse combustible, eau douce, ressources génétiques, biochimie / médicaments naturels / produits pharmaceutiques, régulation climatique régionale et locale, contrôle de l’érosion, épuration des eaux et traitement des déchets, lutte antiparasitaire, pollinisation, contrôle des risques naturels, valeurs éthiques et valeurs esthétiques.
2) Bois d’œuvre et fibres de bois, autres fibres (chanvre, soie, coton,…), régulation des eaux, contrôle des maladies, loisirs & écotourisme.
3) Pénurie accrue ou hausse du coût des intrants, baisse de rendement ou de productivité, perturbation des activités de l’entreprise (plan opérationnel) ; moratoire sur l’extraction, quotas plus faibles, amendes, droits d’usage payants, suspension de permis ou de licences, refus de permis, procès,… (plan réglementaire et juridique) ; préjudice d’image ou de marque, remise en cause du « permis social d’exploiter » (image & réputation) ; évolution des préférences de consommation (marché & produits) ; coût du capital plus élevé, modalités de crédits plus contraignantes (financement).
4) Choix du périmètre ; identification des services éco-systémiques prioritaires ; analyse de l’évolution des services prioritaires ; identification des risques et opportunités pour l’entreprise ; élaboration des stratégies. Compter entre 10 et 15 semaines en moyenne.

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