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Biodiversité et entreprise : où en est-on ?

La thématique Biodiversité et entreprises commence à intéresser un nombre croissant d’acteurs. Des études avec points méthodologiques sont publiées, des exemples de bonnes pratiques sont compilés, des sondages sont réalisés et désormais, des outils sont mis à la disposition des entreprises. Il ne leur reste plus qu’à agir.


Le concept relativement récent de biodiversité est issu d’une contraction entre « diversité » et « biologique » et désigne le tissu vivant de notre planète. Il recouvre l’ensemble des milieux naturels et des formes de vie (plantes, animaux, champignons, bactéries, virus,…) et toutes les relations et interactions qui existent à la fois entre les organismes vivants eux-mêmes et entre ces organismes et leurs milieux de vie. La biodiversité comprend trois niveaux interdépendants : la diversité des milieux de vie à toutes les échelles (du contenu des cellules aux océans, prairies et forêts) ; la diversité des espèces (dont l’homme) qui vivent dans ces milieux, qui interagissent entre elles et avec leur milieu de vie et enfin la diversité des individus au sein de chaque espèce.

Selon un sondage IFOP pour le WWF réalisé en août 2010, sur 1011 personnes de + de 18 ans, pas moins de 81% des interviewés estiment que les activités des entreprises ont un impact négatif sur la biodiversité (32% considèrent même cet impact très négatif). Chez les cadres, le taux monte à 89%. L’industrie chimique est citée par 48% des Français comme représentant l’un des deux secteurs les plus nuisibles pour la biodiversité, le deuxième étant celui de l’exploitation des ressources (dont extraction des matières premières : 28%, agriculture : 19%, filière bois : 11%, pêche : 9%). Le transport est également cité (routier : 19%, aérien : 12%, maritime : 4%). L’étude montre aussi que les entreprises peinent à convaincre de la sincérité de leur engagement : 67% des Français y voient un simple prétexte de communication contre 33% qui estiment légitime que les entreprises communiquent sur leurs actions dans le domaine. Globalement, les Français expriment une attente très forte pour que les entreprises prennent leurs responsabilités en matière de protection de la biodiversité (91% d’entre eux, dont 39% : très important et 52% : important).

Une étude de l’agence Gondwana Biodiversity Development
L’une des premières études à être parues en France sur le sujet est celle du Gondwana Biodiversity Development, publiée en octobre 2007. Elle se penche sur les liens existant entre les entreprises (CAC 40 seulement) et le monde du vivant et analyse leurs démarches en matière de protection de la biodiversité. Les auteurs de l’étude constatent que, sur les sept postes budgétaires consacrés par les entreprises à l’environnement, la biodiversité n’occupe que le sixième rang de leurs dépenses, un engagement encore timide surtout si on le compare à celui de leurs consoeurs anglo-saxonnes qui ont pris « une longueur d’avance dans l’intégration de la biodiversité à leurs stratégies ». L’étude propose une méthode à suivre pour mettre en oeuvre la démarche biodiversité au coeur des stratégies des entreprises : désigner un responsable de la politique biodiversité ; mesurer ce qui lie l’entreprise à la biodiversité (cf. mise en place d’indicateurs quantifiables et évolutifs pour se fixer des objectifs de progrès et établir un rapport de performances) ; définir des objectifs de protection de la biodiversité (réduction des impacts, compensation des dommages ou enrichissement de la biodiversité) ; développer un plan d’actions (soutien à la recherche scientifique, programme de reforestation, protection d’une espèce, campagne marketing, certification de ses produits, etc.) en fonction des objectifs définis, de ses spécificités (activité, métiers, rayonnement géographique, etc.) et des moyens financiers et humains qu’elle souhaite engager.

Différents travaux menés par Orée
L’association Orée a mis en place dès 2006 un groupe de travail dédié à l’étude de l’interdépendance des acteurs économiques vis-à-vis de la biodiversité. Menés conjointement avec la FRB, les travaux ont abouti à la publication d’un guide devenu depuis une référence. Intitulé « Intégrer la biodiversité dans les stratégies d’entreprises - le Bilan Biodiversité des organisations », l’ouvrage dépasse l’analyse des risques liés à la biodiversité en termes d’impacts et souligne l’interdépendance des systèmes socio-économiques et éco-systémiques. Il s’articule en quatre parties : méthodologie utilisée pour analyser les interactions, directes ou indirectes, entre entreprises et biodiversité ; autoévaluation de 25 entreprises et collectivités ; méthode pour construire des partenariats durables entre entreprises et biodiversité et, enfin, présentation de neuf initiatives innovantes s’inscrivant dans une logique de co-viabilité entre monde vivant et monde des entreprises. Les membres du groupe de travail en sont déjà à une deuxième étape : après avoir élaboré un Indicateur d’Interdépendance de l’Entreprise à la Biodiversité, ils se penchent sur la construction d’un Bilan Biodiversité des Organisations principalement axé sur la mise en place d’une comptabilité des flux de biodiversité et de services éco-systémiques pour une entreprise mais aussi pour des entreprises en interaction. A noter également : l’association Orée est très impliquée dans le processus de révision de la Stratégie Nationale pour la Biodiversité : lancé en juillet 2010, ce processus doit aboutir à l’adoption d’une nouvelle SNB le 22 mai 2011, journée mondiale de la biodiversité. L’objectif est de construire une stratégie globale d’amélioration de l’intégration des enjeux de biodiversité dans l’ensemble des activités humaines, puis à animer et mettre en œuvre les actions associées.

Une étude du Medef
« La biodiversité nous rend des services essentiels, que nous retirons souvent gratuitement du fonctionnement des écosystèmes. Elle est aussi source de nombreux emplois nouveaux. Aujourd’hui, les entreprises participent à la prévention de la biodiversité, beaucoup intègrent ces réflexions dans leurs projets et nous ne souhaitons qu’une chose : que cela continue et se systématise ! ». Tels sont les propos de Laurence Parisot, présidente du Medef dans son avant-propos au guide « Entreprises et Biodiversité - Exemples de bonnes pratiques » publié par le Medef en janvier 2010 (ce guide propose aussi une définition du génie écologique, v. p. suiv.). Et en effet, les écosystèmes apportent gratuitement des services d’une ampleur considérable, de l’approvisionnement (aliments, eau, fibres, plantes médicinales, …) à la régulation (lutte contre les risques naturels, climat, maladies,…) en passant par la production de biomasse, le cycle de l’oxygène atmosphérique, le cycle de l’eau ou encore la formation des sols. La biodiversité fournit aussi quantité d’exemples qui permettent d’inspirer les concepteurs de produits, principalement dans les domaines des biotechnologies, des produits pharmaceutiques, phytosanitaires ou cosmétiques. Par exemple, l’étude de la capacité de la graine de la bardane à s’accrocher à la fourrure des animaux a inspiré les concepteurs du velcro, celle de la soie des araignées a permis d’élaborer des tissus particulièrement résistants, etc.

Tout déséquilibre de la biodiversité a donc des répercussions sur la qualité de vie de l’homme. Par conséquent, préserver la biodiversité, c’est donc préserver ce qui nous apporte nourriture, eau, santé, énergie et … inspiration. Mais la protection de la biodiversité ne se limite pas à sa conservation dans des parcs dédiés ou des jardins. Elle commence partout où s’exercent des activités humaines, que ce soit une collectivité, une entreprise ou un ménage. Les enjeux ne portent pas uniquement sur l’aspect curatif mais aussi, et avant tout, sur le préventif. Pour être considérée comme « durable », une activité ne doit pas se faire au détriment des générations futures. Même si les entreprises qui agissent déjà en matière de biodiversité ne le font pas uniquement par conviction (il y a d’une part le respect des lois et directives, la volonté d’obtenir certaines aides ou subventions ou encore la nécessité d’obtenir des autorisations pour se développer), il n’empêche qu’elles le font. L’avenir dira s’il ne s’agissait que d’opérations ponctuelles ou d’une réelle stratégie de développement basée sur le respect de la diversité biologique.

Une enquête du Meddm sur le sujet
Le ministère de l’Ecologie a mené en 2010 une enquête auprès de 3 630 entreprises afin de mesurer la prise de conscience de leurs interactions avec les écosystèmes et l’intégration de la biodiversité dans leurs stratégies. Les entreprises interrogées se sont déclarées très majoritairement (2/3) conscientes de leurs impacts négatifs sur la biodiversité et, dans une moindre mesure (1/3), de leur dépendance vis-à-vis des services fournis par les écosystèmes. Les principales pressions qu’elles exercent portent sur la qualité de l’air, de l’eau et du sol, un important service écologique dont elles dépendent aussi. Selon l’enquête, 40% des entreprises anticipent que la perte de biodiversité représente un risque pour leurs activités à l’avenir, contre 20% aujourd’hui. Les entreprises incluent encore peu la biodiversité dans leurs politiques environnementales. Les grandes sont deux tiers à déclarer agir en faveur de la biodiversité ou envisager de le faire. Elles sont alors davantage motivées par la gestion des risques financiers et réglementaires associés à la perte de biodiversité que par une intégration de la biodiversité dans leurs stratégies et activités.

Des outils pour évaluer l’impact sur l’environnement des entreprises…
Certaines entreprises dépendent fortement des services rendus par les écosystèmes, notamment celles de l’industrie agroalimentaire (cf. eau douce), de la confection de meubles (cf. bois) ou encore celles de l’industrie pharmaceutique (cf. ressources génétiques). Face à ce constat, le ministère du Développement durable a mis en place l’outil EBEvie afin de sensibiliser les entreprises aux différents enjeux de la biodiversité, leur permettre d’auto-évaluer leurs interactions avec la biodiversité et, plus largement, de les inviter à intégrer la biodiversité dans leur stratégie. Avec cet outil, les entreprises peuvent mesurer les impacts positifs ou négatifs de leurs activités sur la biodiversité, leurs liens de dépendance avec les services rendus par les écosystèmes ainsi que les risques et opportunités qui en découlent. EBEvie a été présenté à Pollutec Lyon 2010 lors d’une conférence débat durant laquelle ont été rendus publics les résultats d’une enquête sur les interactions entre les entreprises et la biodiversité. De son côté, le comité français de l’UICN - Union internationale pour la conservation de la nature - a réalisé en 2010 un outil d’initiation à la biodiversité destiné au secteur privé et a publié un panorama de l’implication des collectivités territoriales pour la préservation de biodiversité en France métropolitaine. Ces deux outils sont téléchargeables sur www.uicn.fr (rubrique « Outils et Documents »).

… et désormais des prix et trophées dédiés
Les Prix Entreprises et Environnement sont organisés tous les ans par le ministère de l’Ecologie et sont remis sur Pollutec. Conscient que la biodiversité est un élément décisif dans toute stratégie de développement durable à long terme et qu’il existe de nombreux arguments économiques pertinents pour l’intégrer dans les systèmes de gestion de l’entreprise: gestion des risques, capitalisation sur les opportunités, développer la responsabilité sociale de l’entreprise,…, le ministère a souhaité enrichir ces Prix cette année d’une catégorie Biodiversité et entreprises. C’est ainsi que non seulement un prix « Biodiversité et entreprises » a été remis sur le salon mais de nombreuses mentions (meilleure démarche de gestion de site, produit pour la biodiversité, idée pour la biodiversité, meilleure initiative de sensibilisation ainsi qu’un coup de cœur du jury) ont aussi été décernées
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Une définition du Génie écologique
Pour les auteurs du guide du Medef, le génie écologique consiste en la renaturation ou la création d’un milieu avec l’aide de techniques appropriées. Les entreprises font souvent appel à ces méthodes dans le cadre des mesures compensatoires conçues et mises en œuvre à la suite de l’altération ou la destruction d’un milieu. L’industrie extractive notamment a recours à ce type de techniques pour réhabiliter les sites des carrières et des mines qu’elle a exploitées. Le génie écologique est également un moyen de favoriser l’apparition d’une biodiversité plus riche sur les espaces naturels détenus par une entreprise. Les opérations de génie écologique sont le plus souvent effectuées au cas par cas avec l’aide de bureaux d’études spécialisés et consistent à créer de nouveaux habitats intégrés au paysage, accueillants pour la biodiversité et pérennes. A l’issue des travaux, un suivi est mis en place pour évaluer le succès du projet entrepris. Il suppose la mise en place d’indicateurs de suivi pertinents.

A suivre…


Un projet européen EcoFINDERS pour une gestion durable des sols.
Nos connaissances sur les sols restent encore limitées. Pourtant ceux-ci hébergent une biodiversité considérable tant microbienne qu’animale. Cependant, les progrès récents réalisés dans la caractérisation moléculaire de la biodiversité ouvrent des perspectives stimulantes pour explorer sa complexité et mieux comprendre son fonctionnement. La Commission européenne souhaite mettre en œuvre une politique de gestion durable des sols impliquant la mise en place d’une directive cadre sur les sols, comme c’est déjà le cas pour l’air et l’eau. Cette politique nécessite de disposer de connaissances scientifiques et opérationnelles sur la biodiversité des sols et des fonctions associées contribuant aux services éco-systémiques. Prévu sur quatre ans, le projet européen EcoFINDERS (Ecological Function and Biodiversity Indicators in European Soils), coordonné par l’INRA, rassemble 23 partenaires de dix pays européens et de la Chine, présentant différentes expertises dans les domaines de l’écologie, la biodiversité, l’économie environnementale, la modélisation, la bioinformatique et les bases de données.

Vers un IPBES, pendant du GIEC pour la biodiversité
Le projet de création de l’IPBES avance : l’assemblée générale de l’ONU a donné son accord fin décembre 2010. Cette plate-forme intergouvernementale scientifique et politique dédiée à l'amélioration des connaissances sur la biodiversité et les services éco-systémiques constituerait pour la biodiversité l’équivalent du GIEC pour le climat. Il sera principalement en charge d’évaluer les tendances lourdes d’évolution de gain ou de perte de biodiversité sur l’ensemble des continents et océans.

Une étude sur la compensation écologique
Dans le cadre de son programme « Politiques de la biodiversité » et plus particulièrement de sa collaboration avec les entreprises, l’UICN France a indiqué début 2010 qu’elle souhaitait mener une étude relative à la compensation écologique, partant du constat qu’il existait peu, voire pas, de guides méthodologiques ou même de lignes directrices à ce sujet à part une Charte éthique du réseau des Conservatoires d’Espaces Naturels (cf. valeurs et principales conditions de leur implication dans le dispositif des mesures compensatoires), outil méthodologique élaboré par la Région PACA et guides du MEEDM sur les études d’incidences Natura 2000 et les études d’impacts.

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