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Vers une filière "chimie du végétal"
Vers une filière « chimie du végétal » en France
Fondée sur l’utilisation de matières premières renouvelables, la chimie du végétal doit contribuer, selon le MEDDTL, à rendre moins vulnérable l’industrie chimique classique, aujourd’hui très fortement dépendante des ressources fossiles. Elle a également un rôle majeur à jouer dans le développement de produits plus respectueux de la santé et de l’environnement tout en mettant en valeur des matières premières dont les débouchés sont actuellement peu valorisés. Ceci doit bien sûr se faire dans le respect du cadre réglementaire en vigueur (règlement REACH, directive relative aux émissions industrielles, etc.). L’AMI lancé fin avril devrait contribuer à lancer cette filière en France.
L’industrie chimique fait face à un contexte de raréfaction et de forte variation du coût des ressources fossiles dont elle dépend majoritairement aujourd’hui. A l’issue du Grenelle en 2007, l’industrie chimique française s’était engagée à utiliser 15% de matières premières d’origine végétale dans ses procédés industriels d’ici 2017 et à diversifier les ressources qu’elle utilise (cf. ressources agricoles et lignocellulosiques, déchets, autres coproduits). Quatre ans après, soit quasiment à mi-parcours, seuls 8% des matières premières utilisées sont d’origine renouvelable. Il importe donc d’élargir le panel de produits issus des nouvelles ressources ou produits biosourcés (i.e. incorporant du végétal), d’améliorer les bilans matière, énergétique (émissions de GES), environnemental (écotoxicité, fin de vie,…) et d’accroître la productivité de la filière tout en réduisant les coûts. Sont principalement visées les ressources qui n’entrent pas en concurrence avec les usages alimentaires comme notamment les biomasses résiduelles (coproduits des biocarburants et des IAA, résidus agricoles et forestiers,…), les ressources forestières et les algues. L’appel à manifestations d’intérêt piloté par l’ADEME doit « contribuer à rendre opérationnelle et commercialement compétitive la production de produits biosourcés ».
Trois catégories de produits et deux catégories de molécules concernées
L’AMI « Chimie du végétal » s’inscrit dans le cadre de l’action « Démonstrateurs et plates-formes technologiques en énergies renouvelables et décarbonées et chimie verte » du programme Investissements d’avenir(1). Il concerne les intermédiaires chimiques ou « synthons » (intermédiaires de synthèse à caractère multifonctionnel utilisés par l’industrie chimique dans l’élaboration des produits finaux), les matériaux tels que polymères, plastiques et composites (polymères ou plastiques biosourcés identiques aux équivalents fossiles pouvant entrer dans les filières de recyclage existantes et nouveaux polymères, plastiques ou composites biosourcés présentant des performances équivalentes ou supérieures à celles de leurs homologues pétrochimiques)(2) et les produits fonctionnalisés destinés à des usages spécifiques comme les solvants, tensioactifs, lubrifiants, plastifiants, encres, colles et peintures. La fabrication de ces produits devra présenter des bilans énergétiques, environnementaux et sociaux avantageux par rapport à leurs équivalents pétrochimiques déjà existants(3).
Pour l’ensemble des produits biosourcés, l’AMI distingue deux catégories de molécules : les molécules de substitution aux équivalents d’origine pétrochimique (reproduction de molécules existantes ou substitution fonctionnelle) et les molécules nouvelles dotées de fonctionnalités innovantes. Il vise à la fois à renforcer des marchés existants et à en conquérir de nouveaux.
(1) Pour mémoire, 1,35 des 6 milliards d’euros attribués aux Investissements d’Avenir sont consacrés à cette action.
(2)Est ici comprise l’optimisation technique et économique des procédés de production et de transformation des plastiques biosourcés de première génération principalement à base d’amidon, de PLA (acide polylactique) et de PHA (polyhydroxyalkanoates).
(2)Il s’agira ici de lever les verrous techniques et économiques par le biais d’expérimentations industrielles et de plates-formes technologiques collaboratives ou de conquérir de nouveaux secteurs d’application (cf. travaux de recherche industrielle, démonstrateurs de recherche, expérimentations préindustrielles).
Investir dans la filière « chimie du végétal » à court terme doit donc contribuer à élargir l’offre française de produits biosourcés grâce à des procédés déjà proches de la maturité comme, notamment, la valorisation des ressources agricoles traditionnelles (céréales, oléagineux,…) et par le recours à des procédés physico-chimiques classiques. Cela doit permettre d’anticiper les fortes contraintes qui vont peser sur la production de produits biosourcés à plus long terme (acceptabilité sociale, bilan environnemental, surfaces et ressources mobilisables) par la diversification des ressources utilisées (biomasses résiduelles, ressources forestières, algues,…) et par le développement de biotechnologies industrielles, celles-ci autorisant des réductions des consommations énergétiques et une production limitée de sous-produits.
Principaux acteurs de la chimie du végétal
De nombreux industriels des agro-ressources, de la chimie et de leurs industries clientes se sont regroupés début 2008 au sein de l’Association Chimie du Végétal (ACDV) en vue « d’accélérer le développement d’une chimie fondée sur l’utilisation de ressources végétales en France et en Europe ». En 2011, elle compte quelque 40 membres : Ajinomoto, Arkema, ARD, BASF, Biométhodes, Burgundy, Chimex, CIMV, Club des Bioplastiques, Cognis, Copacel, BRT, Fédération de la Plasturgie, Greentech, IFP Energies Nouvelles, Labema, Metabolic Exporer, Novance, Novozymes France, Pennakem Europe, Rhodia, Roquette, Seppic, Sicos, SNC Lavalin, Sofiproteol, Solvay, Soprema, Groupe Soufflet, Syral, Total Petrochemicals, Unigrains, UIC, USIPA ainsi que les pôles de compétitivité Fibres, Axelera, Industries & Agro-Ressources -IAR, Maud, Pass et Xylofutur. L’ensemble des filières (amidon, cellulose, oléagineux et protéagineux) est donc représenté . L’association a déjà mis en place 5 groupes d’experts : Normes et Références ; ACV ; Intelligence économique ; Réglementations & Incitations ; Communication.
En mars 2011, plusieurs de ces pôles (Axelera, Fibres, IAR et Xylofutur) se sont alliés avec le pôle Agrimip Innovation et ont créé une Union des pôles de la chimie verte du végétal (UPC2V) afin de fédérer et de mettre en commun des moyens et des outils favorisant l’émergence de nouveaux projets R&D dans le domaine. Parmi les premiers travaux prévus : une cartographie nationale des projets chimie verte du végétal portés par les pôles, un annuaire des compétences et différentes actions de promotion des compétences françaises à l’international.