Vous êtes ici :  -   -   -   -  Panorama des cleantechs

Panorama 2011 des cleantechs

GreenUnivers a publié en février un panorama des cleantechs pour 2011. Même si, globalement, les ambitions restent à confirmer, quatre secteurs devraient être soutenus dans les prochains mois : les énergies renouvelables et décarbonées, la chimie verte, les transports et les réseaux électriques intelligents.


Selon ce rapport, pour les cleantechs françaises, le bilan 2010 est mitigé et les perspectives 2011, inégales. « L’Etat affiche des ambitions fortes mais tarde parfois à les concrétiser, voire donne l’impression de freiner, en particulier dans le solaire. Mais son impulsion pousse les grands groupes qui multiplient les investissements ». A côté des domaines d’excellence que sont l’eau et les déchets, trois grands secteurs vont se distinguer cette année : les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les véhicules électriques.

Les auteurs du rapport estiment que, pour l’instant, les cleantechs doivent plus aux grandes entreprises qu’au secteur public : si depuis 2007, l’Etat promet des investissements massifs, la plupart des fonds prévus n’ont toujours pas été investis. Mais ils soulignent que 2011 devrait marquer une amélioration avec notamment le début du programme des investissements d’avenir. Les premiers appels à projets dans le solaire et l’éco-mobilité ont d’ailleurs été lancés en début d’année. Si un cadre ambitieux a été fixé en 2010 pour le bâtiment (RT2012) ou le déploiement de compteurs communicants, les politiques en matière d’éolien et de solaire ont plutôt montré un coup de frein (cf. respectivement durcissement des conditions des installations terrestres et moratoire de trois mois pour les contrats d’achat des nouvelles installations).

Les engagements affichés lors du Grenelle de l’environnement restent toutefois un stimulant pour les grandes entreprises. Des groupes comme Saint-Gobain, Schneider Electric, Alstom ou Vinci réorientent leur stratégie vers la croissance verte. Ils intensifient leur R&D dans ces domaines, repositionnent leurs offres et investissent dans des start-up innovantes pour s’emparer de technologies complémentaires. Les fonds d’investissement sont également de plus en plus attirés par les cleantechs : leurs investissements dans les sociétés du secteur ont bondi de 55 % en 2010, pour atteindre 262,6 M€.

• Energies renouvelables : une politique encore timide
Par rapport à ses grands voisins européens, mais aussi aux Etats-Unis et à la Chine, la France est « timide en matière d’énergies renouvelables ». A tel point que dans la prochaine décennie, elle risque d’attirer seulement 57 Md$ d’investissements privés, soit trois fois moins que l’Allemagne (208 Md$), deux fois mois que le Royaume-Uni (137 Md$) et moins que l’Italie (90 Md$), qui est résolument engagée dans le développement du solaire, d’après un rapport de Pew* qui explique cette lenteur à la fois par la toute-puissance du nucléaire et par une politique « incohérente » et un système électrique hyper-centralisé.

Aidée par l’Etat, la biomasse est de très loin la première énergie renouvelable en France - près de la moitié des capacités d’EnR - avec au premier rang le bois-énergie. Mais elle est surtout développée pour la production de chaleur, peu pour l’électricité et est encore loin d’avoir atteint tout son potentiel en raison essentiellement du manque de structuration de la filière bois-énergie. Un effort a été engagé sous l’impulsion des pouvoirs publics et les investissements se multiplient. De même, la politique d’appels d’offres lancée en 2003, après des débuts laborieux, monte peu à peu en puissance.


(*) Pew Charitable Trusts : « Energie propre dans le monde : une occasion à 2,3 billions de dollars », Déc. 2010.

Dans l’éolien, depuis les objectifs ambitieux du Grenelle en 2007, la France n’a pas accéléré dans le terrestre et a, au contraire, durci sa règlementation : en 2011, les nouvelles capacités installées risquent d’être en-dessous du seuil de 1,1 GW atteint en 2010. De plus, le gouvernement a tardé à lancer un appel d’offres pour créer 3 GW de parcs offshore à l’horizon 2015 alors que le Royaume-Uni et l’Allemagne prévoient d’en installer dix fois plus le long de leurs côtes.
En matière de solaire, où la France accuse un retard par rapport à ses voisins comme l’Allemagne ou l’Espagne, l’année 2010 a été agitée. Face à de réels effets d’aubaine liés à des tarifs d’achat généreux et des mesures fiscales très incitatives ayant entraîné un record d’installations d’environ 700 MW l’année dernière, l’Etat a donné un grand coup de frein. Après deux baisses des tarifs d’achat, il a imposé en décembre 2010 un moratoire de trois mois sur les contrats d’achat, bloquant ainsi toute installation nouvelle, le temps d’une concertation avec la filière pour définir un nouveau cadre réglementaire et revoir les tarifs. Si le gouvernement maintient ses projets de limiter le développement des installations à 500 MW par an, le marché va ralentir en 2011. Cette politique pourrait fragiliser la filière industrielle française, tout juste émergente.
D’autres secteurs restent à défricher, qui pourraient se révéler prometteurs mais à plus long terme. La recherche française est ainsi très active dans les énergies marines, mais sans perspective commerciale avant probablement 2015 et avec un net retard sur plusieurs de ses voisins, Royaume-Uni en tête, qui planifient déjà de grandes centrales marines.

• Bâtiment vert : un engagement volontariste
La plus volontariste politique française en matière de cleantechs porte sur un secteur à l’origine de 23 % des d’émissions de CO2 du pays. Des réglementations très strictes ont été adoptées pour la construction neuve (RT 2012, bâtiments à énergie positive en 2020,…) et des incitations financières mises en place pour la rénovation du parc immobilier existant. A lui seul, le marché de la rénovation thermique pourrait atteindre 200 Md€ en dix ans. Plusieurs grands groupes en profitent déjà (ex. : Saint-Gobain, Bouygues, Vinci,…).

• Transports : un pari gigantesque
2011 sera l’année de vérité pour les véhicules électriques avec l’arrivée sur le marché de nombreux modèles attendus depuis plusieurs mois. Les auteurs du rapport estiment que « la France est l’un des pays les plus avancés avec un constructeur - Renault - qui vise le leadership mondial ». Une filière industrielle se met en place avec d’importants projets d’usines de batteries (Renault, Bolloré, ...) et des expérimentations pour des infrastructures de charge, avec de grands acteurs (Schneider Electric, Legrand) mais aussi de jeunes sociétés innovantes. L’Etat investit massivement pour soutenir ce secteur dont la viabilité est encore loin d’être évidente. Le marché professionnel (flottes d’entreprise…) sera le premier à s’ouvrir.
L’éco-mobilité est embryonnaire dans l’Hexagone, moins développée qu’au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, par exemple. Si le covoiturage devrait rester marginal, l’auto-partage va connaître deux temps forts en 2010 : le lancement d’un dispositif à Nice au printemps et celui de Paris (Autolib’) à l’automne. A terme, le marché reste indécis : il pourrait atteindre entre 140 000 et 700 000 utilisateurs, selon les études.

• Smart grid et Green IT : la France, bonne élève
La France pourrait se révéler très bonne élève dans le secteur prometteur de la gestion intelligente de l’énergie (smart grid) où elle dispose de groupes puissants comme Alstom ou Schneider Electric. L’Etat affiche aussi une politique ambitieuse. Il compte déployer 35 millions de compteurs intelligents d’ici à 2017, malgré un démarrage difficile en 2010 pour le compteur communicant Linky.
En matière de Green IT, la France figure aussi dans le peloton de tête avec de nombreuses start-up qui innovent pour réduire les émissions de CO2 du parc informatique.


• Gestion de l’eau et des déchets : un leadership mondial
L’Hexagone garde son leadership mondial dans la gestion de l’eau et des déchets que dominent Veolia Environnement et Suez Environnement. Si le marché français est arrivé à maturité, ces deux géants se disputent les parts de marché à l’international, notamment dans les pays émergents où les besoins sont énormes. Notons que sur les 4 milliards de déchets produits chaque année dans le monde, seul un milliard (25%) est aujourd’hui traité.
Les grands groupes font également face à plusieurs enjeux technologiques : diminution du coût du dessalement, amélioration du traitement des eaux usées, développement de la production d’énergie à partir de déchets, extension du recyclage, ... Autant de domaines d’ailleurs où de nombreuses start-up se positionnent.

450 milliards d’euros d’investissements d’ici 2020
La mise en oeuvre du Grenelle de l’environnement prévoit environ 450 milliards d’euros d’investissements dans le développement durable d’ici à 2020, dont 170 milliards d’euros apportés par l’Etat et les collectivités locales. Elle a continué très doucement en 2010 : appel à projets dans les éco-industries et les énergies renouvelables (biomasse surtout) ; mesures fiscales favorisant l’efficacité énergétique dans le bâtiment ; déploiement de projets pilotes pour les véhicules électriques. Par ailleurs, selon le gouvernement, le plan de relance économique aura permis d’investir 5 milliards d’euros dans le développement durable en 2009 et 2010. Mais, au final, les sommes dépensées sont restées limitées en 2010 et les dépenses annoncées devraient atteindre leur apogée d’ici à deux ou trois ans.

L’accent sera principalement mis sur les énergies renouvelables (cf. priorité à la biomasse en 2010, avec plus de 1,2 milliard d’euros), les incitations pour un bâtiment vert, un soutien important pour les voitures électriques mais aussi quelques aides pour d’autres éco-industries (protection de l’environnement, gestion des ressources naturelles, activités transversales). Soulignons ici le rôle stratégique des pôles de compétitivité dont 22 sur les 71 sont actifs dans les cleantechs, six d’entre eux étant entièrement dédiés aux éco-technologies. Les pôles de compétitivité ont bénéficié de 154 millions d’euros d’aides pour des projets de recherche et développement.

Perspectives
D’ici à 2014, les fonds débloqués par le programme Investissements d’avenir du grand emprunt financeront une grande partie du Grenelle. Le programme prévoit 5,1 milliards d’euros pour le développement durable qui devraient être dépensés d’ici à 2014 et dont, pour l’instant, pratiquement rien n’a encore été investi. Sur ces 5,1 milliards d’euros, 2,8 milliards d’euros ont été confiés à l’Ademe, chargée de les investir dans des projets porteurs : 1,6 milliard pour les énergies renouvelables et décarbonées et la chimie verte (190 millions d’euros pour 2010 et 290 millions pour 2011), 1 milliard pour les transports et 250 millions pour les réseaux électriques intelligents. Sur ce total, l’Ademe n’avait encore quasiment rien dépensé fin 2010. Elle compte les investir dans les trois à cinq ans.
En outre, les PME et les filières industrielles stratégiques devraient bénéficier de 6,5 milliards provenant du grand emprunt tandis que la recherche dans les énergies décarbonées devrait bénéficier d’1 milliard. Ces montants seront gérés notamment par Oséo et la Caisse des dépôts et consignations.

Une montée en puissance des fonds d’investissement
Les acteurs du capital-risque sont de plus en plus actifs dans le financement des cleantechs. A côté des quelques fonds spécialisés, les généralistes et les fonds créés par les grandes entreprises cherchent aussi à entrer au capital des sociétés les plus prometteuses.
Aux Etats-Unis, les fonds de capital-risque jouent un rôle essentiel dans le financement des technologies propres. En 2010, les entreprises nord-américaines ont ainsi levé 5,28 milliards de dollars par ce biais, selon un premier bilan publié par le Cleantech Group. Les chiffres sont beaucoup plus modestes en France mais les investisseurs financiers montent en puissance. Ils ont investi 262,6 M€ lors de 82 opérations dans des sociétés de cleantechs en 2010, soit un bond de plus de 55 % par rapport à 2009, selon les données collectées par GreenUnivers pour le Club Cleantech de l’Association française des investisseurs en capital (Afic). Notons que les énergies renouvelables ont capté plus de la moitié des sommes (143,8 M€), devant les transports (51 M€). Ces montants concernent uniquement les entreprises et ne tiennent pas compte des investissements dans les infrastructures (centrales solaires, parcs éoliens, …), réalisés par une petite poignée d’acteurs (ex. : Natixis Environnement & Infrastructures, fonds 123Venture,…).
Selon le rapport, les investisseurs les plus actifs sont les deux grands spécialistes du marché : Emertec Gestion, créé en 1999 et se spécialisant dans l’amorçage et Demeter Partners, né en 2005 et devenu le premier fonds français et l’un des premiers européens du secteur, avec plus de 300 M€ de fonds gérés, plutôt pour des sociétés matures.
A leurs côtés, de nombreux fonds généralistes s’intéressent aux cleantechs depuis deux ans comme A Plus Finance qui a investi dans Moulinvest (éco-construction) et EO2 (biomasse) ; Amundi Private Equity qui a soutenu McPhy (stockage d’énergie) et Claranor (traitement de l’air) ; le fonds Eurazeo qui a apporté 25 M€ à la jeune société Fonroche (solaire).
Avec des montants beaucoup moins importants, les business angels sont eux aussi actifs. Deux réseaux principaux se sont constitués : Cleantech Business Angels (49 membres) et DDIDF (35 adhérents). Ils interviennent dans de très jeunes sociétés, pour le premier stade de financement.
Pour se rapprocher des start-up innovantes, les industriels sont de plus en plus nombreux à créer des fonds qui interviennent dans des domaines connexes à leurs activités. Le groupe Schneider Electric fut l’un des pionniers en 2000 avec Schneider Electric Ventures, devenu Aster Capital début 2010 lorsqu’il s’est allié à Alstom pour lancer un fonds commun de 70 M€. La SNCF a créé en 2008 un fonds dédié à l’éco-mobilité, nommé Eco-Mobilité Partenaires et doté de 15 M€. Suez Environnement lui a emboîté le pas à l’automne 2010 avec Blue Orange, un fonds de 50 M€ destiné à prendre des participations dans des sociétés en pointe dans la gestion de l’eau et des déchets. D’autres industriels envisagent d’entrer dans le jeu en 2011. Du côté des secteurs, le solaire pourrait perdre de son attractivité au profit de la biomasse et de l’efficacité énergétique.



Salons Pollutec