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La professionnalisation, condition nécessaire de la transition vers une économie bas carbone

Pour répondre au mieux aux enjeux de l’économie verte, les compétences professionnelles font face à des évolutions différentes selon les filières : certaines doivent anticiper les mutations de leur secteur, d’autres sont appelées à se reconvertir tandis que de nouvelles compétences voient le jour. Quelles perspectives peut-on dresser de ces évolutions ?


« La question de l’adaptation des emplois et des métiers à l’économie verte revêt une diversité d’aspects qui la rend particulièrement complexe », explique le MEDDTL qui identifie à cet égard plusieurs objectifs majeurs. D’une part, il est fondamental de « former en nombre et en niveau suffisant les professionnels capables de créer ou d’utiliser les nouvelles écotechnologies » et ceux « capables de répondre à la demande issue des politiques publiques en faveur de l’écologie ». Ceci suppose essentiellement de mieux structurer l’appareil de formation, qu’il s’agisse de formation initiale, de formation continue, de validation des acquis par l’expérience sans oublier bien sûr la formation des enseignants et des formateurs. Certains diplômes sont en cours de révision ou vont bientôt l’être, surtout pour les filières agriculture, bâtiment, électrotechnique, industries de procédés et énergies (cf. intégration de nouveaux modules, révision du contenu,…).
D’autre part, il apparaît primordial d’anticiper les mutations engendrées -ou du moins accélérées- par le passage à l’économie verte, notamment dans l’industrie. Dans cette optique, outre un renforcement de la formation professionnelle continue, plusieurs points s’imposent : il va falloir travailler à professionnaliser les services de l’orientation et de l’emploi sur les filières en baisse ou en croissance, structurer les mutations au niveau du bassin d’emploi avec une implication forte des collectivités territoriales (ex. : reconversion de chantiers navals dans les EnR comme au Danemark - éolien offshore - ou à Gdansk en Pologne - solaire thermique et éolien), intégrer un plus grand nombre de compétences transversales et transférables dans la formation pour permettre aux individus de rebondir mais aussi valider les acquis de l’expérience comme voie utile d’accès à la certification des compétences du salarié.
En parallèle, il convient certes d’anticiper la création de nouveaux métiers mais surtout de favoriser l’intégration de nouvelles compétences au sein de métiers déjà existants (ex. : agriculteur passant au bio, diagnostiqueur se spécialisant dans la qualité de l’air intérieur, déconstructeur d’appareils électroniques, ingénieur en véhicules électriques ou hybrides,…). Mais attention, ceci suppose de « développer la bonne combinaison par l’intégration de compétences techniques, numériques, environnementales et relationnelles dans le portefeuille de compétences personnelles », prévient le Centre Etudes & Prospectives du groupe Alpha. Les onze comités de domaines du Plan national de mobilisation des filières et des territoires pour les emplois et les métiers de l’économie verte mis en place par le MEEDTL sont sur la même longueur d’ondes. Pour eux en effet, il ne faut pas « attendre de grands bouleversements des métiers dans la plupart des filières étudiées ni de révolutions en termes de création de nouveaux métiers : les filières continueront pour la plupart à offrir des emplois sur des métiers traditionnels mais avec de nouvelles compétences ». Il s’agira donc « plutôt d’une évolution des métiers existants soit parce que des compétences font défaut, soit parce que les pratiques professionnelles impliquent des approches plus globales, soit enfin parce que les exigences du développement durable ne sont pas ou peu prises en compte ».

En 2009-2010, le groupe Alpha a réalisé avec le cabinet Syndex une étude sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) dans les secteurs industrie et énergie impactés par le Grenelle et l’évolution du système européen ETS d’échange des droits d’émission des GES(1). Après un cadrage prospectif intersectoriel et une réflexion problématique sur la GPEC appliquée au développement durable, cette étude analyse plus spécifiquement six secteurs : papier-carton, ciment, automobile, production d’électricité, transport de gaz et chauffage urbain. Par rapport à d’autres travaux sur les impacts du Grenelle, elle présente l’intérêt d’appréhender les mutations de l’emploi dans leur globalité. En effet, elle ne se limite pas aux secteurs pourvoyeurs d’emplois « verts » mais pointe les risques de destruction d’emplois liés à la mise en oeuvre du Grenelle avec une analyse qualitative des retombées et des approches typologiques de la vulnérabilité de certaines catégories de travailleurs au regard des possibilités de reconversion et de formation. Deux constats majeurs en ressortent : primo, si le changement de modèle de croissance ouvre de nouvelles potentialités, il induit des coûts supplémentaires et un déclassement de certaines activités. Secundo, pour réussir une telle transition, trois conditions s’imposent : il va falloir non seulement insérer les mesures du Grenelle dans le cadre d’une politique industrielle plus large tenant compte de l’ensemble des enjeux liés au développement d’une industrie « bas carbone » mais aussi sécuriser les parcours professionnels et favoriser le dialogue social à tous les niveaux (entreprise, secteur, territoires). Les méthodes restent à trouver…


Quelles dynamiques de l’emploi selon les secteurs ?
L’étude Alpha-Syndex débouche sur une typologie simple des secteurs étudiés en fonction des risques et des opportunités pour la dynamique de leurs emplois. Ainsi d’ici 2020, les industries confrontées à la contrainte carbone comme le raffinage et la sidérurgie devraient faire face à des menaces sur l’emploi. D’autres comme la chimie, le papier-carton et la cimenterie devraient voir baisser l’emploi sous l’effet des dynamiques sectorielles, malgré les effets anticycliques du Grenelle. A contrario, les industries du secteur énergie (production d’électricité, transport de gaz et chauffage urbain notamment) devraient connaître une croissance modérée de l’emploi tandis que celles des biens d’équipement (biens d’équipements mécaniques et électriques, industrie ferroviaire, industries du verre et des matériaux d’isolation) devraient s’en sortir encore mieux et enregistrer une croissance plus importante de l’emploi. Enfin de vraies mutations des emplois devraient s’opérer dans les industries au cœur de la transition vers une économie bas carbone comme l’automobile ou les industries d’équipements de chauffage. La gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences apparaît comme un bon outil pour accompagner activement ces mutations, encore faut-il qu’elle soit partagée par l’ensemble des acteurs politiques et sociaux.

Quelques définitions officielles


Economie verte et équitable : économie qui utilise moins ou mieux les ressources énergétiques et les matières premières non renouvelables, émet moins de GES, privilégie les écotechnologies, pratique la production et la consommation responsables, pense les productions en termes de cycle de vie, protège et rétablit les services éco-systémiques rendus par l’eau, les sols et la biodiversité, fonctionne avec des transports raisonnés. Les villes y sont durables et les territoires pensés et gérés globalement selon un mode de développement durable. Cette économie met les hommes et les femmes au cœur de l’entreprise et du projet social, promeut la participation de chacun à la décision et s’enrichit de la différence. Elle respecte les cultures et les patrimoines et évalue les effets des décisions sur les générations futures.
Eco-activité : activité dont la finalité est la protection de l’environnement et la gestion des ressources naturelles. NB : Les autres activités de l’économie verte y contribuent sans que ce soit leur finalité.
Métiers verts (quel que soit leur secteur d’activité) : métiers dont la finalité et les compétences mises en œuvre contribuent à mesurer, prévenir, maîtriser, corriger les impacts négatifs et les dommages sur l’environnement. Le CGDD en recensait 132 000 en 2007.
Métiers verdissants (quel que soit leur secteur d’activité) : métiers dont la finalité n’est pas environnementale mais qui intègrent de nouvelles « briques de compétences » pour prendre en compte de façon significative et quantifiable la dimension environnementale dans le geste métier. Le CGDD en recensait entre 3,1 et 3,7 millions en 2007, selon le niveau d’exigence du caractère verdissant.
Source : CGDD : « Les compétences nécessaires à une économie verte et équitable - Juin 2011


(1) Ces cabinets avaient déjà réalisé en 2007 pour la Confédération européenne des syndicats une intéressante étude concernant l’impact sur l’emploi du changement climatique et des mesures de réduction des émissions de CO2 dans l’UE à l’horizon 2030. Cette étude ainsi que l’étude "GPEC, politique industrielle et croissance bas carbone » consistent en des approches multisectorielles, les benchmarks carbone étant surtout réalisés par secteurs. Une autre étude concernant l’impact sur l’emploi des politiques climatiques est en cours de réalisation à mi-2011.

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